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La série, produite par Monumental Studio en 2004, a été créée, écrite, produite, et réalisée par Lewis-Martin Soucy. Issue d’une volonté de mettre à profit le temps libre et les talents de divers horizons, tantôt techniciens, tantôt comédiens, elle met ainsi en vedette une pléïade de comédiens de talent qui se sont donné rendez-vous plusieurs dimanches de suite pour occuper leur weekend à faire des choses créatives et constructives à défaut de jouer au foot ou d’aller déjeuner chez Mamie.

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Construite comme un documentaire, l’esthétique de la série se veut réaliste et épurée, un peu comme les films de Frederick Wiseman. L’objectif n’était pas de raconter une histoire, dixit le créateur, mais de laisser le temps passer devant la caméra et capter un instant, juste une étincelle qui en dise plus long qu’un texte.

Entretien avec Lewis-Martin Soucy, le créateur de la série (extraits):

Comment vous est venue l’idée de cette série?

Tout d’abord une envie de tourner avec les gens qu’il y avait autour de moi. J’avais plein de copains et copines comédiens, techniciens, scénaristes, etc, et comme on passe beaucoup de temps à attendre et à chercher du travail dans ce métier, on fini malheureusement par avoir des disponibilités trop nombreuse et assez souples. Le problème aussi dans ce métier, c’est qu’on est dépendant des autres pour travailler et donc, comme dans le sport, “s’entrainer”. On a besoin de projets pour travailler sa technique et progresser. Un réalisateur, un perchman ou un acteur ne peuvent pas pratiquer leur art tout seul chez eux comme avec la musique ou la peinture. J’ai donc cherché une idée pour faire travailler les gens dans leur temps libre qui pouvait mélanger tout le monde, peu importe leur poste, leur planning, leur sexe, leur physique, etc. Ne pas être tributaire d’une histoire dont dépend trop de paramètres. Pouvoir tourner n’importe quand avec n’importe qui, et avancer même si quelqu’un n’est pas disponible. Quelque-chose qui ne soit pas étriqué dans des personnages classiques avec une narration étroite dont on ne peut sortir et qui fout en l’air le tournage si quelqu’un est absent. Que chacun puisse apporter son personnage n’importe où à n’importe quel moment presque tout seul et que ça colle bien au décor à la fin. Que les comédiens puissent apporter leurs pathos dans le travail, leurs qualités et leurs défaut. L’idée d’une palette de “patients” est alors née…

Pourquoi un hôpital psychiatrique?

La folie est un sujet intéressant car c’est totalement mystérieux, curieux… Et souvent, quand on ne comprend pas, on rit! J’aime le style décalé. L’humour pas forcément comique. Les situations me font d’avantage rire que les blagues. Et je suis parfois fasciné par le vide, façon de parler. Je peux regarder quelqu’un vivre pendant des heures, même s’il ne fait rien. Parce qu’en fait, il se passe plein de choses. Les gens, réfléchissent, pensent, se grattent, reniflent. C’est toujours intriguant de chercher à savoir ce qu’il y a derrière. Quand tout est mâché, raconté, expliqué, ça perd de son intérêt. J’aime quand le spectateur a du travail à faire. Et j’adore quand il n’y a pas forcément d’explication. Pour moi, la déraison est l’ultime raison: pourquoi? parce-que! Sans autre explication. C’est comme la vie. On ne demande à personne de se justifier. Les gens font ce qu’ils veulent et n’ont pas à donner d’explication. Une histoire a le droit de faire pareil. La narration, c’est pas un truc coinçé. Y’a des codes mais faut savoir en sortir. Début, milieu, fin, c’est un peu toujours pareil. Des fois faut pas chercher à comprendre. Y’a pas de fin, c’est pas grave. Ce qui compte c’est le point de vue. C’est la liberté. Faire ce qu’on a envie, point barre. Les peintres le font et personne ne s’étonne. Après, évidemment, un tas de gens “trouvent” ou inventent des explications, mais ça aussi c’est le processus normal des choses. C’est aux autres de chercher à comprendre. On fait ce qu’on a envie et on ne sait pas toujours pourquoi…

Vis à vis des chaînes de télé et de l’univers psychiatrique, n’était-ce pas un sujet délicat?

Non. À aucun moment ça nous a fait peur. Ce n’est pas la première fois que je traite des sujets dans cet univers. J’avais déjà fait un court-métrage sur le handicap, une comédie très ironique qui a été incroyablement bien reçue. Le film a fait plus de 70 festivals à travers le monde et a été acheté par une vingtaines de télés dans le monde. Il y a même des hôpitaux et des centres pour handicapés qui l’utilisent pour aborder le sujet du sexe dans le handicap. C’est une question d’approche. Tant qu’on traite un sujet avec respect, qu’on ne le détourne pas pour se moquer ou partir dans l’indécence, les gens acceptent tout. La tolérance c’est la base de toute forme d’intelligence. Ici la folie est traitée avec humour et on essaie de la rendre accessible. Y’a des vrais médecins qui bossent en hôpitaux psychiatriques qui ont vu la série et qui ont adoré. Tout ce qu’il y a dans la série est vrai. J’y suis moi-même allé voir, j’ai eu quelqu’un de proche qui a été traité longtemps, et je peux vous assurer que je peux encore aller plus loin sans égratigner la surface du délire qu’on voit là-bas. J’avais même pensé faire une série avec des vrais fous. Je peux vous assurer que ce serait encore pire. Là les gens n’y croiraient pas. La réalité dépasse parfois la fiction. Mais c’est un autre cas de production, y’aurait des tas de papiers à remplir, etc…

Pourquoi cette esthétique?

Encore une fois, j’aime laisser les choses respirer, vivre. Le style épuré laisse les acteurs et la situation prendre le devant. Je ne voulait pas polluer le sujet avec du style ni suggérer du narratif avec des plans. La couleur n’était pas intéressante pour ce thème. De plus, vu les conditions techniques qu’on s’était fixé, ça allait allourdir le travail d’essayer de faire une belle image. Ce n’était pas le but. Comme l’idée était de faire une sorte de laboratoire à idées dès le départ, de se concentrer sur le jeu et les situations primait sur faire joli. Sinon, après on est vite débordé avec la lumière, le maquillage, les reflets, etc… Je ne voulait pas de tout ça. On s’en fout. J’avait en tête le style épuré et fort de Frederick Wiseman. Il a fait les documentaires les plus puissants que j’aie jamais vu. Tout ça avec rien, en noir et blanc, mais son immersion dans le sujet est totale, sans compromis ni vulgarité. Il reste dans la décence de l’image, mais c’est brut, brutal parfois.

Et la suite? Une deuxième saison?

On me l’a demandé. On a aussi des pistes pour la télé. Certaines personnes ont vraiment flashé. D’autres n’ont rien compris. Mais ça reste à voir. Cette série, ce concept m’intéresse toujours. Il y a encore plein de choses à faire avec ça, d’autres trucs à raconter. Toucher à la vie, au quotidien, c’est un principe assez infini. Et cette première expérience m’a aidé à savoir mieux où je voulais aller avec ce concept. Ce laboratoire, comme je dis, a été très instructif. Il apprend aussi beaucoup de choses sur le plan humain et professionnel. Canaliser les idées, fédérer les énergies, gérer les personnes et la concentration, c’est aussi une grande partie de ce métier. certains ont compris le principe, pour d’autres, c’est plus abstrait. On voit ici encore combien ls principes narratifs classiques sont ancrés dans les esprits, même de ceux qui font ce métier. C’est dur de sortir les gens de leurs carcans, de leurs formation. Si je devais continuer, je travaillerais différemment. Être une locomotive, c’est fatigant. On ne peut pas toujours se mettre à la place des autres. Chacun doit se donner, sinon on en fait troop et on ne fait plus son travail. Le côté babysitter m’intéresse moins qu’avant dans ce métier. Il faut être à la hauteur de ses ambitions. Ce laboratoire était là pour ça, et en effet, il a permis de révéler beaucoup de choses sur les motivations. C’était assez inégal comme expérience. Mais bon, y’a toujours un bon et un mauvais côté aux choses. Avec le temps, je ne garde que le bon. Donc oui, j’ai envie de continuer.

Propos recueillis par Laetitia Martin

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